Une technique non polluante pour extraire des métaux rares
Les terres rares représentent 17 éléments métalliques, des matériaux omniprésents dans nos produits technologiques, y compris ceux indispensables à la transition écologique. Détentrice d’un quasi-monopole sur l’extraction et le raffinement des terres rares, la Chine utilise des méthodes industrielles très nocives (métaux lourds, solvants toxiques, radioactivité…), grande consommatrice d’eau et d’énergie.
À ce jour, l’Union européenne est dépendante à 99 % des importations de terres rares, principalement chinoises : la Chine assure 60 % de la production minière mondiale et plus de 90 % du raffinage (1). L’Europe ne compte que 2 sites de raffinage sur 49 projets actifs dans le monde (2) — une position stratégique sensible pour la France et l’Europe, d’autant que les procédés industriels de séparation et de filtration des terres rares, composés de multiples étapes de raffinage chimique, comptent parmi les problématiques industrielles les plus critiques sur le plan environnemental et climatique (3).
C’est dans ce contexte que le Professeur Bernard Doudin, directeur de recherche à l’Institut de Physique et de Chimie des Matériaux de Strasbourg (IPCMS), a développé avec son équipe une méthode novatrice, simple, efficace et non polluante pour purifier les terres rares grâce à un champ magnétique. Une avancée clé pour les terres rares dites « magnétiques », essentielles aux batteries, aux éoliennes et aux moteurs d’une société écoresponsable.
(1) : Commission européenne (2020), "Study on the EU's list of Critical Raw Materials (2020)" (2) : R. Embleton, Wood Mackenzie novembre 2023 (3) : D.S. Sholl et R.P. Lively, 2016, Nature 532, 435, Seven chemical separations to change the world.
10 ans de recherche, un soutien décisif et des financements en cascade
Cette technologie résulte de 10 années de recherches collaboratives entre l’Université de Strasbourg, le CNRS et le Trinity College de Dublin, sur les forces magnétiques et les liquides, menées par le Prof. Bernard Doudin et le Dr. Peter Dunne à l’IPCMS, aux côtés du Prof. Michael Coey, spécialiste du magnétisme à Trinity College Dublin. C’est le soutien de la Fondation Jean-Marie Lehn, à un stade encore exploratoire et jugé à haut risque, qui a permis d’amorcer le projet, ouvrant ensuite la voie à une cascade de financements complémentaires auprès d’autres partenaires régionaux et nationaux.
«L'aide de la Fondation a permis la mise en place d'un projet initialement à haut risque, difficilement financé par des organismes d'État. Ce sujet serait probablement resté dans les tiroirs sans son soutien.»
REMEDY, la start-up créée en 2024 à Strasbourg
REMEDY offre une solution pour l’indépendance européenne face aux tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, et aux restrictions sur les exportations de terres rares.
«En se focalisant sur les éléments magnétiques, nous pouvons diminuer les impacts environnementaux de façon spectaculaire, avec une réduction de plus de 95 % de consommation d'énergie, d'utilisation d'eau et d'émissions de CO₂. En développant ces nouvelles activités industrielles stratégiques, nous soutiendrons les objectifs de la loi européenne sur les matières premières critiques et générerons des avantages économiques significatifs tout en créant des emplois en Europe tout au long de la chaîne de valeur du recyclage.»
©Peter Dunne / Remedy