Deux fondations s’allient pour soutenir un projet ambitieux à l’interface entre la chimie et la médecine
À Strasbourg, la Fondation Jean-Marie Lehn et la Fondation Force s’associent pour soutenir Nextdial, un projet de recherche à la croisée de la chimie et de la médecine, qui vise à améliorer la dialyse péritonéale. Cette première collaboration entre les deux fondations illustre une conviction commune : les rencontres entre disciplines font naître des innovations qui comptent vraiment pour les patients.
Un enjeu de santé qui touche à l'autonomie des patients
L’insuffisance rénale terminale oblige les patients à recourir à une dialyse de suppléance pour pallier la défaillance de leurs reins en attendant une greffe de reins. Parmi les deux techniques de dialyse actuelles, l’hémodialyse reste la plus répandue, mais elle impose des séances répétées (le plus souvent) en centre, une forte dépendance aux plateaux techniques et une organisation de vie souvent contraignante.
Ces contraintes concernent les patients de tous âges, y compris les enfants, pour lesquels elles prennent une dimension particulière. Plusieurs séances par semaine signifient des allers-retours répétés à l’hôpital, des demi-journées d’école manquées, un rythme de vie familial organisé autour des séances plutôt que l’inverse. S’y ajoute une difficulté technique particulièrement marquée en pédiatrie : l’hémodialyse nécessite un accès vasculaire, une fistule ou un cathéter, or le capital veineux doit être préservé pour toute une vie de soins à venir. La fistule, lorsqu’elle est réalisable, doit être ponctionnée à chaque séance, un geste déjà éprouvant chez l’adulte mais particulièrement délicat chez un jeune enfant.
La seconde technique, la dialyse péritonéale, est une alternative à l’hémodialyse qui présente certains avantages : réalisée à domicile, elle utilise le péritoine comme membrane d’échange et permet de préserver davantage d’autonomie. Elle est particulièrement adaptée à certains patients, notamment en pédiatrie en raison des contraintes de voume sanguin. En effet, elle se pratique le plus souvent sous forme automatisée : la nuit, pendant le sommeil, grâce à un cycleur relié à un cathéter posé au préalable au niveau de l’abdomen. Le patient se couche, la machine travaille, il se réveille libéré pour la journée. C’est cette continuité de vie, préservée malgré la maladie, qui constitue l’un des atouts de la dialyse péritonéale.
La dialyse péritonéale répond aussi à un enjeu de société : avec le vieillissement de la population et la progression du diabète et de l’hypertension, le nombre de patients nécessitant une dialyse ne cesse d’augmenter, et les centres d’hémodialyse, déjà très sollicités, ne pourront pas absorber seuls cette demande.
Son développement reste cependant limité par plusieurs freins, dont l’élimination insuffisante du phosphate. Ce minéral, normalement apporté par l’alimentation et régulé par des reins en bonne santé, s’accumule dans l’organisme lorsque la fonction rénale décline. Cette accumulation n’est pas un détail biologique : elle contribue à des complications osseuses, métaboliques et cardiovasculaires, et pèse sur le pronostic à long terme des patients. Améliorer la capacité de la dialyse péritonéale à éliminer ce phosphate constitue donc un enjeu clinique important.
Nextdial veut améliorer la dialyse péritonéale
C’est précisément ce problème d’élimination du phosphate en excès lors d’une dialyse péritonéale que cible le projet Nextdial. L’idée est d’enrichir le dialysat avec des nanoparticules d’oxyde de fer recouvertes d’acide polyacrylique, déjà identifiées dans des travaux préalables comme des adsorbants prometteurs du phosphate. Intégrées au dialysat, ces particules pourraient renforcer son extraction pendant la séance de dialyse péritonéale. Le projet vise désormais à franchir une étape essentielle : valider cette approche par une preuve de concept in vivo.
L’intérêt de la démarche est de ne pas bouleverser le principe de la dialyse péritonéale, mais d’en améliorer l’un des composants essentiels, le dialysat, pour rendre la technique plus efficace et plus attractive.
Nextdial est emblématique d’une recherche véritablement interdisciplinaire : le projet est porté par Sylvie Begin-Colin, chimiste des matériaux à l’ICPEES, et Ariane Zaloszyc, PU-PH en néphro-pédiatrie aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS). L’une apporte son expertise sur les matériaux et leur conception, l’autre la validation clinique et la connaissance fine du patient.
Deux fondations, une même conviction
Le projet Nextdial bénéficie du soutien de la Fondation Force. Convaincue de l’intérêt de cette approche interdisciplinaire, la Fondation Jean-Marie Lehn a choisi de venir renforcer cet accompagnement, permettant ainsi à l’équipe de mener une étude de preuve de concept encore plus poussée.
«Nextdial illustre exactement ce que nous voulons encourager : des chercheurs de disciplines différentes qui avancent ensemble vers une application clinique.»
«Ce soutien nous tient particulièrement à cœur. La recherche fondamentale en chimie nourrit des avancées qui dépassent souvent son propre champ, et Nextdial en est une belle illustration, avec une application directe au service des patients.»
Le soutien de la BPALC, partenaire historique de la Fondation Jean-Marie Lehn
Ce cofinancement est rendu possible grâce au soutien mécénat de la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne (BPALC). Partenaire historique de la Fondation Jean-Marie Lehn, la BPALC soutient de nombreux projets de recherche innovants au sein du campus de chimie strasbourgeois depuis près de 15 ans.
La Fondation Jean-Marie Lehn tient à remercier la BPALC pour son engagement à ses côtés : la confiance et les valeurs partagées entre les deux structures permettent de faire avancer la recherche de pointe à Strasbourg.
«La Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne soutient et encourage les projets ambitieux, innovants et structurants de la Fondation Jean-Marie Lehn. Elle se veut une banque citoyenne, et le dynamisme et la performance qu'elle a su construire, c'est en grande partie en restant fidèle à l'esprit de ses fondateurs de grande banque coopérative régionale. C'est donc tout naturellement qu'en tant que partenaire privilégié de la Fondation depuis 2010 qu'elle marque sa volonté d'accompagner dans la durée, les hommes et les femmes qui entreprennent et font preuve d'audace.»
Le projet Nextdial illustre une innovation discrète, mais très concrète. Il ne promet pas de remplacer une technique existante par une autre : il cherche à rendre une option déjà disponible plus performante, plus robuste et potentiellement plus utilisée. Pour les patients, l’enjeu est considérable : une dialyse à domicile mieux adaptée, capable de préserver l’autonomie sans sacrifier l’efficacité biologique. Pour les deux fondations qui s’associent autour de ce projet, c’est aussi la promesse d’autres collaborations à venir, à l’interface de la chimie et de la médecine.
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