Jean-Marie Lehn Foundation Thesis Prize: Chemistry in the Service of Health Honored
Anaïs Loison : élaborer de nouvelles molécules thérapeutiques améliorant l’efficacité des médicaments à venir
Un tiers des molécules actives des médicaments sur le marché comportent au moins un atome de fluor1. Ces molécules fluorées ont des propriétés essentielles pour qu’un médicament soit efficace : elles assurent une résistance à la dégradation au sein de notre organisme et permettent au médicament de traverser les barrières naturelles de notre corps pour atteindre leur cible thérapeutique. Le développement de nouvelles molécules fluorées fait l’objet d’une intense compétition en raison des enjeux de santé publique, et plus particulièrement dans la conception de nouveaux antibiotiques. En effet, l’Organisation Mondiale de la Santé a classé la résistance aux antibiotiques dans les 10 plus grandes menaces pour la santé humaine dans le monde, rendant urgente la recherche d’alternatives.
Anaïs Loison, ancienne doctorante du laboratoire de Chimie organique et hétérochimie appliquées à Strasbourg, précise le rôle de ses recherches dans ce contexte : « Il devient nécessaire de développer rapidement de nouveaux médicaments, notamment une nouvelle génération d’antibiotiques. C’est donc dans ce cadre que s’est inscrit ma thèse, axée sur la synthèse de molécules à haute valeur ajoutée ». Anaïs Loison a développé l’accès à des petites molécules fluorées inédites, qui pourrait servir de « briques de base » vers la synthèse de composés thérapeutiques, et ainsi améliorer leur stabilité et leur capacité à franchir différentes barrières physiologiques.
Anaïs Loison et son directeur de thèse Armen Panossian lors de la remise des prix de thèse de l’Université de Strasbourg.
Tessa Reinert : lutter contre la perte d’efficacité des traitements de la maladie de Crohn
Tessa Reinert a soutenu sa thèse en octobre 2023 à l’Université de Strasbourg.
Maladie chronique de l’intestin incurable, la maladie de Crohn touche 150 000 personnes en France2 et plusieurs millions de patients dans le monde. Un traitement permet de soulager les patients : l’infliximab, un anticorps monoclonal qui neutralise l’inflammation intestinale. Tessa Reinert a réalisé sa thèse au Laboratoire de Spectrométrie de Masse des Interactions et des Systèmes à Strasbourg et a étudié ce médicament dont elle précise les limites : « certains patients présentent une perte de réponse clinique, c’est-à-dire que l’efficacité du traitement diminue avec le temps, et ils doivent donc changer de traitement rapidement. Ces pertes de réponses sont encore trop peu comprises. Il est donc extrêmement important de suivre cette efficacité clinique des traitements et de mieux comprendre leur devenir dans l’organisme ».
En réponse à cette problématique, Tessa Reinert a développé une méthode innovante pour suivre précisément l’évolution du traitement par une simple prise de sang chez les patients, « la méthode permet de mesurer la concentration de cet anticorps, de savoir si le système immunitaire du patient agit contre le traitement et de quantifier certaines réactions chimiques qu’a subies l’anticorps dans la circulation sanguine. On peut donc obtenir un suivi précis de l’évolution du traitement après administration au patient en une seule analyse. »
La chercheuse souhaiterait que sa méthode soit appliquée à un nombre aussi grand que possible de patients traités par l’infliximab, permettant ainsi une meilleure compréhension des différences de réponse clinique entre les patients et une amélioration de leur prise en charge thérapeutique.
Cérémonie de remise des prix de thèse en juin 2024. 22 docteurs ont été primés (tout domaine de recherche confondu), dont deux par la Fondation Jean-Marie Lehn pour la qualité de leurs travaux en chimie.
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