Une personne a-t-elle influencé votre vie étudiante ou votre carrière ?

Le Dr Descoins était directeur de recherche à l’INRA. A une époque où il existait un fossé énorme entre biologie et chimie, ce chercheur est venu faire une conférence sur des phéromones d’insectes. Il s’intéressait aux problèmes liés aux insectes destructeurs de récoltes dans la vallée du Rhône. Le plus marquant était leur procédé d’identification des phéromones, les substances sécrétées par les femelles ! Des femelles avaient été récupérées, mixées et placées dans une colonne de purification.

A la sortie de celle-ci, ils avaient placé un mâle, lorsque celui-ci s’était mis à vibrer, ils ont récupéré la molécule qui était en train de sortir. Ils ont ainsi pu l’identifier et la synthétiser. Cette molécule est aujourd’hui encore très utilisée afin d’éviter les épandages d’insecticides et de pesticides.

Cette conférence présentait un problème industriel, écologique qui liait à la fois chimie et biologie. Faisant ma thèse en chimie pur et dur à cette période, cela m’a donné envie de faire un pas vers la biologie. Cette conférence de seulement une heure a orienté toute ma carrière !

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Pourquoi être revenu vers la recherche publique après plusieurs années dans le privé ?

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J’ai passé 16 ans de ma carrière dans l’industrie. Durant les 10 premières années, j’ai eu la chance de pouvoir travailler dans un environnement exceptionnel avec des moyens illimités et une liberté totale. Malheureusement ce centre de recherche, le « Merrel Research Institute » à cette époque, a été plusieurs fois racheté. Il est par la suite entré dans une certaine logique de rentabilité à court terme.

Pour moi, le choix était simple, si je voulais rester en accord avec mes valeurs, je devais partir !

Je me suis donc tourné vers l’enseignement, j’étais à deux doigts de devenir instituteur lorsque l’on m’a proposé mon poste actuel. Si on travaille pour faire avancer la connaissance, pour générer du savoir, il faut le transmettre. J’ai ainsi pu retrouver une réelle liberté d’action dans le secteur public et académique.

Pouvez-vous nous présenter votre laboratoire et vos thématiques de recherche ?

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Notre laboratoire regroupe 70 personnes. Un laboratoire de pharmaco-chimie c’est un peu particulier. On explore la méthodologie en chimie et différentes approches. On travaille notamment sur une famille de récepteur biologique, des protéines qui sont à la surface de la cellule. C’est la famille des récepteurs couplés aux protéines G (RCPG). On en a 800 dans notre génome, 400 servent à l’olfaction et 400 ont une multitude de rôles et sont pratiquement impliquées dans toutes les fonctions physiologiques (la vue, l’odorat…).

On essaie de comprendre comment ils fonctionnent au niveau mécanistique, quelle structure ils ont, comment ils interagissent avec les hormones, les neurotransmetteurs, ce qu’il se passe lorsqu’ils se rencontrent, qu’ils se collent l’un à l’autre. C’est la première chose, la partie mécanistique et après on essaie d’avoir une approche plus thérapeutique. On essaie de voir quel récepteur joue un rôle clé dans telle ou telle maladie. On va essayer, selon la maladie, soit de bloquer le récepteur avec une molécule, soit d’activer ce récepteur avec une molécule pour essayer de réinstaurer un équilibre qui est rompu à cause de la maladie.

En termes de maladie, on travaille par exemple, sur des thématiques liées à  la douleur, à l’hyperalgésie. C’est quelque chose qui est loin d’être résolu, le seul médicament réellement efficace reste la morphine. Cinq ou six projets sont en cours et mettent en avant des cibles qui permettent d’avoir des effets analgésique et anti-accoutumant. C’est un projet fort, il y a d’ailleurs un projet de création de société portée par Didier ROGNAN, des brevets sont également en cours de validation.

Des portraits de chercheurs